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7 septembre 2010 2 07 /09 /septembre /2010 13:06


 

Civilisation de l'Islam,ses gloires et son apport

2078632-2885533.jpgLa civilisation de l'Islam a apporté une contribution indélébile au corpus des connaissances de l'humanité.Son apport le plus important était de faire le lien entre la culture orientale et la culture occidentale au moyen âge et d'avoir transmis à l'Europe un patrimoine inestimable de l'humanité.Les ouvrages d'Avicenne,Averroès,Al Khawarismi,Attusi,Jaber Ibn Hayane,Al Idrissi et de plusieurs autres savants musulmans ont été,pendant plusieurs siècles,des repères
incontournables dans les universités européennes.Les empreintes de la langue arabe qu'on rencontre dans les langues latines témoignent de ce passage de relais.
 La contribution  de cette civilisation ne se réduit pas aux apports de quelques savants prestigieux et représente dans l’histoire de la science non pas un épiphénomène,mais bien un chaînon spécifique dans un long processus évolutif.Héritière de presque toutes les traditions scientifiques qui l’ont précédée (et pas uniquement celle de la Grèce), passage obligé vers les,sciences ultérieures,elle constitue une des phases importantes de l’Homme dans sa quête de la vérité,quête qui a démarré lentement dans la nuit des temps et qui s’est poursuivie à travers les traditions prestigieuses de la Chine,de l’Inde,de la Mésopotamie,de l’Egypte,de la Grèce et hébraïque (pour ne parler que de celles qui ont un lien attesté avec la tradition scientifique arabe).
Du VIIIe au XIIIe siècle après J.C.,la civilisation de l’Islam (ou civilisation arabo-musulmane) domina le bassin méditerranéen.Issues d’une Arabie en grande partie désertique ne possédant que quelques rares villes commerçantes(La Mecque, Yathrib),des troupes arabes,formées au départ de tribus guerrières nomades conquirent en un siècle (632-732) un immense empire.Dès le haut Moyen Age(VIIIe-IXe siècle)cet empire s’étendait de l’Indus à l’Atlantique,englobant l’Iran oriental,la Perse,l’ancienne Mésopotamie (Irak, Syrie, Palestine),l’Egypte,la Libye,les pays du Maghreb et l’Espagne.
La civilisation arabo-musulmane est une et plurielle.Ses créateurs furent et sont des Arabes et des arabisés musulmans.Cette civilisation naît de contacts,d'emprunts,d'apports:elle gère et invente un héritage où l'Islam occupe une part intime non seulement parce qu'il est universel mais aussi parce qu'il vient sacraliser certains traits de culture,en réformer d'autres et souvent s'inscrire dans une continuité de civilisations antérieures.
Du VIIIe au XIIIe siècle,le monde musulman devint un pont,l’intermédiaire obligé entre l’Orient et l’Occident.Pendant que les empires chrétiens,cantonnés sur la rive septentrionale de la Méditerranée (à Rome,Byzance, etc.),affrontaient les invasions barbares et devenaient en proie à de profondes divisions internes,les pays islamisés drainaient vers eux les fabuleuses richesses de l’Extrême-Orient :richesses matérielles comme la soie,les épices ou les métaux précieux, technologiques comme par exemple la fabrication du papier ou l’imprimerie mais aussi richesse des savoirs.Des taxes importantes accompagnaient les transactions commerciales et ceci permit l’apparition de métropoles régionales riches et peuplées comme Bagdad,Samarcande,Ispahan,Damas,Marrakech,Cordoue,Séville ou Kairouan.Ces capitales devinrent de grands centres culturels et se couvrirent de palais, de mosquées, de bibliothèques,d’universités (« les maisons de la sagesse » ou « bayt el hikma »), d’observatoires astronomiques et d’hôpitaux qui furent autant de monuments splendides.
Dans sa monumentale Histoire des Sciences (inachevée, en sept volumes),Georges Sarton consacre chaque chapitre à un demi-siècle de l’histoire de l’humanité et lui donne pour titre le nom du savant le plus éminent marquant le plus cette période (sur le plan mondial).Ainsi par exemple, de 500 à 450 avant J.C.,s’étend l’ère de Platon,puis viennent successivement les ères d’Aristote,d’Euclide, d’Archimède et ainsi de suite.Du VIIIe au XIe siècle,tous les chapitres portent le nom d’un scientifique de la civilisation islamique.C’est seulement en 1100 après J.C.que les premiers noms occidentaux commencent àapparaître,partageant cependant les honneurs pendant encore 250 ans avec des scientifiques de terre d’Islam.

Période historique Scientifiques les plus éminents sur le plan mondial
700-750 Bède le Vénérable (en Occident) et Jafar al Sadiq
750-800 Jabir ibn Hayyan
800-850 Al-Kwarizmi et Al-Kindi
850-900 Al-Razi et Hunayn ibn Ishâq
900-950 Al-Masudi
950-1000 Ibn al-Haytham et Abu al-Wafa
1000-1050 Al-Birûni et Ibn Sina
1050-1100 Omar Khayyam

Tableau I -Quelques grands savants (traduit, d’après G.Sarton, Introduction to
the history of sciences, 1975)


Naissance et expansion de l’Islam

Il est impossible de comprendre la naissance et l’emprise mondiale des sciences arabes et donc de la médecine arabe, sans connaître les circonstances qui ont amené cette nouvelle religion issue du désert et ces bédouins au style de vie nomade à devenir pour un temps les détenteurs de la civilisation.Ce qui caractérise justement la médecine arabe, c’est la profonde originalité de ses débuts. L’initiation à la science des Arabes ne s’est pas faite selon les mêmes lois habituelles du développement et de l’évolution des sciences.Dans la péninsule arabe,protégé par la mer, le désert et les montagnes, vivait un peuple de pasteurs et de commerçants passionné pour la liberté,la guerre(A ce temp là les tribus arabes se chamaillaient violemment de façon incessante),l’éloquence et la poésie ;peuple intelligent mais tout d’intuition.Confiant à la mémoire ses poésies,ses grands jours et ses généalogies,il ne connut que tardivement l’usage del’écriture.Ses relations avec la Perse lui avaient procuré quelques vagues notions de médecine.Une révolution soudaine détourna le cours de sa destinée et ouvrit de vastes champs à son activité. Muhammad réunit les tribus bédouines en restaurant le monothéisme abrahamique derrière une unité inconnue de ce peuple jusque là. Un siècle à peine s’était écoulé depuis la mort de Muhammad que l’Empire musulman s’étendait de l’Atlantique à l’Indus.
 
Le prophète Muhammad


« Si la grandeur du dessein, la petitesse des moyens et l'immensité des résultats sont les trois mesures du génie de l'homme, qui osera comparer humainement un grand homme de l'histoire moderne à Muhammad ?»LAMARTINE « Le Prophète Muhammad »
 
  À l'âge de quarante ans, Mohammed  reçut sa première révélation de Dieu par l'intermédiaire de l'ange Gabriel.Les révélations se poursuivirent pendant vingt-trois ans,et ensemble elles formèrent ce que nous connaissons comme le Coran.
Dès qu'il commença à réciter le Coran et à prêcher la vérité que Dieu lui avait révélée, il souffrit, avec son petit groupe de disciples,de persécutions de la part des polythéistes.
Le prophète enrôle ses premiers compagnons,les membres de sa famille et des gens de modeste condition,qui vont former le « noyau dur » de ses partisans. Certains d’entre eux,sous la pression,s’exilent en Ethiopie.
En 622,persécuté, Muhammad quitte la Mecque pour Médine avec quelques dizaines de fidèles.C’est l’Hégire (l’émigration), qui marque le début du calendrier musulman.C’est là qu’il posera les fondements d’une cité conforme à la nouvelle religion.Les conflits et les affrontements armés se succèdent avec ses adversaires pendant huit années. Enfin en 630, Muhammad rentre à la Mecque,sans combattre où il amnistie ceux qui l’avaient rejeté.
La ville qui l'avait traité si cruellement,l'avait poussé avec ses fidèles compagnons de se protéger des étrangers,qui avait ruiné sa vie et l'existence de ses dévoués disciples,était à ses pieds.Ses anciens persécuteurs acharnés et impitoyables,ayant déshonoré l'humanité de par leurs actes cruels infligés a des hommes et des femmes innocents et même aux mourants,étaient présent totalement a sa merci lorsque il a conquit la Mecque alors il s’adressa a eux en leur disant :« PARTEZ VOUS ETES LIBRES ».
 
«Muhammad est réellement un personnage historique… Muhammad nous apparaît comme un homme doux, sensible, fidèle, exempt de haine. Ses affections étaient sincères, son caractère, en général, porte à la bienveillance»Ernest RENAN (Ecrivain) – Etudes d’histoires religieuses
 
 L’Islam,que Muhammad vient de révéler,est un monothéisme épuré à l’extrême,sans clergé ni rituels compliqués.A un Dieu unique et tout puissant,le croyant s’adresse sans intermédiaires et rend individuellement compte de ses actes.L’Islam s’adresse ainsi à la conscience personnelle de chacun,pour en appeler par delà les frontières familiales et tribales à l’unité du genre humain.Il va très vite gagner les esprits, galvaniser les enthousiasmes.
Ainsi, à sa mort à Médine, le 8 juin 632, Muhammad laissait un peuple et un pays unifié, pacifié, organisé et animé d’une fois intense en un seul Dieu.
 
Après avoir analysé les personnages les plus influents de l’histoire, M. HART plaça au premier rang Mohammad : “La raison en est qu’il est le seul homme a avoir mené à bien son oeuvre avec succès tant sur le plan religieux que celui de la politique.” M. HART (astronome, mathématicien et historien) – Les 100 personnes les plus influentes de l’histoire (1981)
 
«S'il faut juger de la valeur des hommes par la grandeur des œuvres qu'ils ont fondées, nous pouvons dire que Muhammad fut un des plus grands hommes qu'ait connus l'histoire.Des préjugés religieux ont empêché bien des historiens de reconnaître l'importance de son œuvre.» Gustave Le Bon (1884) La civilisation des Arabes.

Conquêtes et expension de l'Islam

En 636, quatre ans après la mort du Prophète, les armées de l’Islam remportent une victoire décisive sur les troupes de Byzance, et, dès l’année suivante,en 637,infligent aux Perses sassanides,une défaite dont ils ne se relèveront pas. En 642,l’Empire perse s’écroule ouvrant la voie vers l’Inde.De son côté, Byzance perd la Syrie,la Palestine,l’Egypte, ouvrant la voie à l’Afrique du Nord. En 649, Chypre est occupée, puis Rhodes.
 
Cet Islam,l’éminent orientaliste Jacques Berque, le salue comme « un système, qui, à une époque de lassitude du monde, voulut lui rendre sa jeunesse ».


Le mot « conquête » en arabe se dit d’ailleurs fath (pluriel : futuhat), c’est-à dire « ouverture » dans le sens d’ouverture de l’espace, d’ouverture à la lumière (de la nouvelle religion),de libération.On peut penser aussi que, au cours de la
phase suivante, quand la majorité des armées musulmanes s’est trouvée composée de gens des pays conquis.
 
Gandhi disait :« Plus j'étudie plus j'apprends que la force de l'Islam ne se puise pas dans l'épée ».
 
Au départ, les troupes de cette conquête ont été formées de quelques milliers de cavaliers arabes,dirigés par des chefs de guerre qui,Khalid Ibn al-Walid, avaient fait leurs preuves du vivant du Prophète.Puis, progressivement,au fur et à mesure qu’elles progressaient,ces troupes ont été renforcées par des contingents provenant des pays conquis.La facilité de ce recrutement et la rapidité relative de l’avance des armées musulmanes(du moins jusqu’au Maghreb), s’expliquent en grande partie par l’accueil favorable des populations ou,tout du moins de la neutralité bienveillante.
 
Pourquoi cet accueil ? Dans le croissant fertile et dans les zones avoisinantes,existaient de fortes communautés chrétiennes,de sensibilités et d’écoles variées,mais toutes opposées à l’orthodoxie byzantine et combattant son monopoleidéologique.C’est le même phénomène que l’on observait en Egypte.Dans ce contexte, l’Islam arrive avec un discours d’ouverture.La nouvelle religion tolère toutes celles qui s’apparentent à elle,c’est-à-dire les religions monothéistes,avec leurs différentes sensibilités.Elle demande seulement qu’on l’accepte elle-même ;
elle n’impose rien dans le domaine cultuel pour les non-musulmans.De fait, dès 650 après J.-C., un évêque nestorien écrivait déjà les lignes suivantes :
« Nec tamen religionem Christi impugnant sed potius fidem commandant sacerdotes sanctosque domini honorant. » (« Non seulement ils ne combattent pas la religion du Christ mais encore ils protègent notre foi et honorent les prêtres et les saints du Seigneur. ») LECLERC, L. « Brochure sur l’incendie de la bibliothèque d’Alexandrie »,cité par AMMAR, S. « Médecins et Médecine de l’Islam » : 53.
 
La Perse,où la crise était profonde,s’est effondrée rapidement.L’Empire byzantin a mieux tenu,même s’il a perdu la plupart de ses possessions.Un grand nombre de personnes s’étant islamisées dans l’intervalle,les armées ont rapidement gonflé et leur composition a commencé à différer notablement de celle du début.La fulgurance de la conquête confortait évidemment l’idée que Dieu soutenait cette avancée,et ne pouvait que favoriser le phénomène d’expansion.
 
« Aucune autre religion dans l'histoire ne s'est propagée aussi rapidement que l'Islam.... L’occident a largement cru que ce déferlement religieux fut rendu possible par l'épée. Mais aucun érudit moderne n'ccepte cette idée et le Coran est explicite dans le soutien de la liberté de conscience. » Islam-The Misunderstood Religion, Readers Digest (Edition Americaine) Mai 1955.
 
La force nouvelle que l’Islam insuffle aux Arabes, tient au contenu comme à la forme du message prophétique.Par le lien original qu’il établit entre la toute puissance divine et la marge d’initiative humaine,l’Islam incite le croyant à
l’action. Il lui offre une destinée possible sur la Terre.Par ailleurs, le message prophétique est formulé dans une langue qui s’impose à tous par la puissance de son souffle, le jaillissement continu de son inspiration,la densité souveraine, envoûtante de son pouvoir d’expression.
Contrairement à des idées reçues,l’attitude des troupes arabes qui ont participé à la conquête n’a pas été de tout saccager sur leur passage (comme les Mongols l’ont fait ultérieurement).Des historiens des milieux intellectuels européens du XIXe siècle,avaient en effet affirmé que les Arabes au cours de leurs avancées avaient tout détruit.Puis, quand ils se sont civilisés au contact de peuples plus évolués qu’eux,ils ont fait acte de contrition et ont tenté de récupérer et de protéger ce que leur fureur de conquérants n’avait pas éliminé.Il y a des citations fameuses allant dans ce sens et attribuant à tort la destruction de la célèbre bibliothèque d’Alexandrie aux Arabes.C’est historiquement une
contrevérité, dont le seul intérêt est de nous renseigner non pas sur les Arabes mais sur l’état d’esprit de ceux qui en parlaient. Il suffit de lire à ce sujet les premiers grands historiens français des sciences,comme Montucla (1799) ou Chasles(m.1880).
Il ne semble donc pas qu’il y ait eu de stratégie de destruction. Il semble même qu’il y avait, de la part des musulmans, un certain respect à l’égard de ces pays de vieille civilisation dont ils faisaient la conquête. Leur force était la nouvelle religion dont ils étaient les porteurs, non la science qu’ils ne possédaient pas encore.
 
A. S. Tritton illustre Historien disait : «l'image du soldat musulman avançant avec une épée dans une main et le Coran dans lautre est tout àfait fausse» L'Islam. Londres 1951 page 21

De Lacy Oleary, Historien disait :« L'histoire est claire sur ce point: la légende des musulmans fanatiques s'abattant sur le monde, imposant l'Islam,à la pointe de l'épée, aux peuples vaincus est un des plus fantastiques et absurdes mythes que les historiens ont pu répéter. » Aux carrefours de l'Islam, page 28- (Ed. originale Islam at crossroads, Londres 1923, p.8)
 
«Pendant les premiers temps de l'islam, la moralité des Arabes fut plus élevée que celle de tous les autres peuples vivant alors,.... Leur justice, leur modération, leur bienveillance et leur tolérance à l'égard des peuples vaincus, le respect de leurs engagements, leur caractère chevaleresque, sont frappants et contrastent étrangement avec la conduite des autres peuples, notamment avec celle des Européens, à l'époque des croisades.» Gustave Le Bon (1884) La civilisation des Arabes.


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Une civilisation urbaine


Le découpage en « ordres » observé en Europe occidentale à la même époque,n’a pas existé dans les pays sous dominance musulmane.C’est principalement une civilisation des villes,et ce que nous en connaissons met
encore plus en lumière ce caractère,car les gens qui ont écrit étaient des citadins,et ne s’intéressant pas ou peu,à ce qui se passait dans les campagnes.L’avènement et le développement de cette civilisation conduisent à l’apparition de métropoles régionales parfois très peuplées,comme Damas en Syrie,Bagdad en Irak, Kairouan en Tunisie ou Cordoue en Espagne.
Curieusement,ce ne sont pas toujours de grandes cités anciennes (par exemple Alexandrie) qui ont gonflé démesurément.Ce sont parfois des bourgades,des villes modestes,ou d’autres encore tout à fait nouvelles.
D’où vient cet accroissement de la population ? Sans négliger l’effet de la démographie propre à ces cités,l’apport essentiel semble provenir des campagnes,par une sorte d’aspiration dont les causes sont à la fois économiques et sociales :déplacements consécutifs à l’existence d’emplois dans les villes,attrait d’une vie urbaine plus agréable,etc. Tout cela est classique dans l’histoire.Il y a aussi ce que l’on pourrait appeler l’ « effet capitale ». Ces métropoles régionales ont attiré les gens parce que les pouvoirs y résidaient,ce qui favorisait l’éclosion et le développement d’un certain nombre d’activités intéressant les différentes élites de ces villes.Ce phénomène a été important car,à côté de Bagdad,la capitale califale des Abbassides,il y avait une bonne douzaine de métropoles régionales qui s’étaient constituées et qui fonctionnaient à l’image de Bagdad.En plus des villes qui viennent d’être citées,il faudrait ajouter Ispahan en Perse,Le Caire en Egypte et Samarcande en Asie centrale.La population de ces villes est très bigarrée, très diverse,pas toujours structurée ; ce qui posera parfois des problèmes sérieux aux dirigeants parce que, à certaines époques, les dangers potentiels d’explosion sociale seront élevés.A côté de cela, existaient des couches stables, parfois très anciennes, comme celle des marchands,qui s’est considérablement structurée tout en se différenciant. Il y avait  aussi des couches plus récentes et souvent en expansion : fonctionnaires de l’administration,de la justice ou des services financiers, enseignants, théologiens,hommes de lettre ou de religion, etc.
A partir du IXe siècle se constitue une couche spécifique d’intellectuels (ou de lettrés si l’on préfère). On la connaît relativement bien parce qu’elle a une consommation particulière, qui est celle des livres.Le nombre d’ouvrages publiés dans le cadre de la civilisation arabo-musulmane a été important, compte tenu évidemment des techniques de l’époque.L’utilisation du papier, selon une technique importée de Chine, a facilité les choses. Les boutiques de libraires ouvertes à tout public se multiplient.
Dès le IXe siècle, on s’est mis à produire plusieurs sortes de livres : manuels pour l’enseignement à tirage assez élevé, oeuvres littéraires,oeuvres poétiques,livres religieux de toute sorte(copie du Coran et du Hadith,exégèses, ouvrages théologiques…), livres scientifiques. Pour prendre l’exemple des publications scientifiques de l’époque, on constate qu’il y en avait de toute sorte : manuels de base, ouvrages consacrés à une discipline, ouvrages théoriques, commentaires, manuels d’application.
On sait que des corporations ont existé,avec des ouvriers,des maîtres artisans, des chefs de corporation, des associations plus ou moins secrètes… Le compagnonnage a sans doute existé aussi.
 
  LES SCIENCES EN PAYS D’ISLAM


Cette civilisation, dont nous voulons étudier la science et son importance dans la constitution des mouvements du XIXe siècle issus de la Renaissance, a été conditionnée et dominée par cette troisième religion monothéiste révélée qu’est
l’Islam.Il est donc nécessaire de nous pencher sur les caractéristiques de cette religion et sur les rapports qu’elle a entretenus avec la médecine et les activités scientifiques.

  • Corpus islamique

Ce corpus est constitué,en premier lieu, du Coran ,le Livre sacré des musulmans, composé de cent quatorze chapitres,divisés en soixante sections dont le nombre de versets varie de trois à deux cent quatre-vingt-six.Si l’on tient compte de la chronologie de la révélation de ces versets,on peut les classer en deux grandes catégories : les versets révélés durant le séjour du Prophète à la Mecque, et ceux qui l’ont été à Médine, à partir de 622.
C’est dans cette seconde catégorie que l’on trouve les éléments fondamentaux concernant la gestion de la future cité islamique.
Le second texte est le Hadith (Propos).Il est constitué par l’ensemble des paroles,des actes et des comportements attribués à Muhammad.Lorsque les juristes et les théologiens auront à résoudre certains problèmes de la cité qui n’ont pas leur solution dans le Coran,ils se tourneront naturellement vers le Hadith et procéderont par analogie pour trouver la solution qui leur paraîtra la plus conforme à leur compréhension des principes de l’Islam.
A l’origine,le Coran était récité.Quand il avait la révélation du message divin,le Prophète le récitait à ses proches compagnons,lesquels le mémorisaient et  l’écrivaient sur des supports rudimentaires (le papier n’existait pas
encore). Certains de ses compagnons se sont d’ailleurs ultérieurement spécialisés dans cette mémorisation et dans sa restitution.La retranscription a donc été très rapide,tout du moins oralement.Cela étant,les compagnons concernés étaient relativement nombreux. La langue utilisée-l’arabe-était surtout parlée.
  L’étude de ce corpus – qu’il nous faut bien qualifier de scientifique du fait de sa méthodologie – a permis à cette civilisation d’inaugurer de nouvelles activités de recherche avant même le début des traductions.C’est ce qui nous autorise à parler,à la suite des bibliographes arabes, de « science de l’exégèse du Coran » et de«science de Hadith », même si cela paraît quelque peu incongru aux lecteurs habitués à réserver le mot « science » à certaines activités intellectuelles.
 
     1°/La mise du Coran par écrit à l'époque du Prophète Mouhammad

Sur l'ordre du Prophète Mouhammad,les scribes mirent le Coran par écrit sur des lambeaux de parchemin,des peaux d'animaux,des os et des pierres.Les divers fragments révélés,sans être assemblés dans un seul livre,furent mis en ordre selon la révélation de Dieu.D'autre part,quelques compagnons écrivirent pour eux-mêmes des parties et des sourates du coran qu'ils avaient apprises par cœur du Prophète .
 
      2°/La mise du Coran par écrit à l'époque de Aboû Bakr As-Siddîq
 
Chargé par 'Aboû Bakr As-Siddîq et conseillé par Oumar ibn Al-Khattâb, Zayd ibn Thâbit rassembla le Coran en un seul livre.Pour atteindre cet objectif,il se référa aux manuscrits déjà écrits par les scribes du Prophète.
 
      3°/ La mise du Coran par écrit à l'époque de  `Uthmân ibn Affân

Le premier manuscrit du Coran assemblé en un seul volume fut écritconformément  à l'exemplaire rassemblé par Aboû Bakr et conservé chez Hafsa bint Oumar.Pour mettre fin aux désaccords(Les différences ne se trouvent pas au niveau du sens, ni des mots. C'était quelques différences de prononciation qui sont toutes justes.Le coran a ses règles de prononciation et la langue arabe qui était plus riche à l'époque (il y a plus de 14 siècles)fait que certains mots puissent être prononcés de différentes manières sans que cela ne change quoi que ce soit au sens des mots),les copistes prirent en considération les différentes lectures.Les personnes chargées de cette mission furent : Zayd ibn Thâbit,Abd-Allâh ibn Az-Zoubayr,Sa`îd ibn Al-`Âs et Abd Ar-Rahmân ibn Al-Hârith ibn Hichâm.Cette copie était dépourvue de signes diacritiques.Outhmân garda pour lui-même un exemplaire et expédia les autres copies aux métropoles islamiques.(Pour mieux expliquer:un compagnon Hudhayfah ibn Al-Yaman remarqua,sous le califat de Uthman,troisième calife (644 - 656),que les peuples des régions,actuellement,de Syrie et d'Irak se disputaient sur les différentes prononciations de certains mots du Coran,tandis que les nouveaux musulmans des provinces en dehors d'Arabie ne savaient pas bien prononcer les mots du Coran. Le calife `Uthman percevant les risques de division,décide alors d'officialiser un type unique de prononciation de l'arabe du texte coranique et d'établir une classification unique des sourates les unes par rapport aux autres.
Ainsi il demande à Hafsa de lui faire parvenir son manuscrit du Coran.Il fait préparer alors plusieurs copies (mus'haf) en utilisant la prononciation du prophète Mouhammad.Cette tâche fut confiée à Zaid ibn Thabit, Abdullah ibn Az-Zubair, Sa‘id ibn As-‘As,et Abdur Rahman ibn Harith ibn Hisham.)
Les copies du Coran écrites de nos jours suivraient toujours mot pour mot et lettre pour lettre cette prononciation. L'écriture(la police)utilisée est une écriture nommée « ar-rasm al-uthmanî».Quelques-unes de ces copies anciennes existeraient encore aujourd'hui,l'une se trouverait à Istanbul (Turquie),l'autre à Tachkent (Ouzbékistan).
 
Analyse historique du Coran:ici

 
Les gens équitables attestèrent de l’extrême précision de la compilation du Coran et de la véridicité et de la rigueur de sa transmission.L’orientaliste anglais Sir William Muir dit : "Le Coran de par son contenu et son ordre exprime avec force la précision de sa compilation.Les diverses parties furent assemblées d’une manière extrêmement simple et sans afféterie. On ne trouve pas dans cette compilation l’empreinte d’une main qui aurait apporté un talent ou un ordre. Elle témoigne de la foi du compilateur et son dévouement pour ce qu’il compile car il n’a pas osé faire plus que de prendre ces versets sacrés et les mettre les uns à la suite des autres." As-Siddîq Abû Bakr de Mohammad Husayn Haykal, p. 332.
 
«Les prescriptions morales du Coran sont excellentes. La charité, la bienfaisance,l'hospitalité, la modération dans les désirs,la fidélité à la parole donnée, l'amour du prochain, le respect des parents, la protection des veuves et des orphelins, et même, la recommandation plusieurs fois répétée de rendre le bien pour le mal, y sont enseignés.»Gustave Le Bon (1884)- La civilisation des Arabes.


Le troisième calife,Uthman,a jugé,une vingtaine d’années après la mort du Prophète,qu’il était nécessaire de trancher et de fixer définitivement le texte du Coran.Il a donc réuni une sorte de commission qui a retenu sept lectures acceptées du texte.Le Coran une fois stabilisé,les intellectuels arabes ont persisté dans l’analyse critique des textes et le débat a continué à propos du Hadith.
C'était l’apparition d’une activité nouvelle,consistant à authentifier les éléments du corpus de base de l’Islam.Cette pratique va se développer,à partir de la deuxième moitié du VIIe siècle,selon des critères de plus en plus rigoureux.On va ainsi comparer les relations orales, procéder par induction,par analogie,faire référence aux faits reconnus,recouper les témoignages,etc.Bref,une démarche tout à fait rationnelle dans son principe,assez semblable à celle que peuvent utiliser les historiens actuels pour authentifier des textes.On peut considérer,et je pense,sans risque de se tromper,que ces débats,ces travaux,en particulier ceux qui ont été menés autour de la validation du message du Prophète,ont,du fait de leur dimension critique et du souci de la recherche de critère de vérification qui les a caractérisés,contribué à créer un état d’esprit scientifique.Ils ont également fondé tout un corpus intellectuel rationnel qui a préludé à l’essor ultérieur de la science arabe.
C’est là, semble-t-il, le véritable point de départ de la tradition scientifique arabe,et ce bien avant le mouvement de traduction des oeuvres grecques et indiennes,mouvement que l’on considère souvent à tort comme l’unique origine
de cette tradition scientifique.

  • Les textes sacrés et la science

Dans les textes fondamentaux et dans le Coran lui-même,il existe de nombreux passages favorables à la science et des incitations à la recherche.Il faut savoir,par exemple,que le mot « science » et les mots ou expressions qui en
découlent (comme savant, etc…) interviennent plus de 400 fois dans le Coran.
Parmi les versets qui sont explicitement en faveur de la science, il y a celui-ci :
« Dieu placera sur des degrés élevés ceux d’entre vous qui croient et ceux qui auront reçu la science(1) » ; ou celui-ci : « Seigneur, accorde moi plus de science (2)».
 (1) Sourate 58, verset 11
(2)Sourate 20, verset 114
 
On attribue également au Prophète des propos sans ambiguïté en faveur des sciences et des savants. Parmi les plus cités : « Cherchez la science même en Chine »,« La quête de la science est un devoir pour tout musulman », « Les anges poseront leurs ailes sur celui qui recherche la science en signe de satisfaction pour ce qu’il fait » ou « Le savant surpasse le dévot comme la Lune, au moment de la pleine Lune, surpasse les autres astres ».
S’élevant contre le traditionalisme aveugle en matière de croyance et de savoir, l’Islam, religion tendue vers la preuve et la démonstration, devient alors de ce fait et à ce titre,religion de certitude.
Le Prophète disait aussi :«Une heure accomplie par un savant allongé sur son lit et révisant son savoir est meilleure que les prières d’un dévot durant soixante ans » et dans le même ordre d’idées, «Peu de savoir vaut mieux que beaucoup de culte»,ou encore « La science est plus méritoire que la prière » et enfin « Un seul homme de science a plus d’emprise sur le démon qu’un millier de dévots ». D’où la déférence du Prophète à l’égard des savants, comme en témoignent encore ces « Propos » :« La fréquentation des savants est un acte de piété »,«Les meilleures des créatures vivantes sont les savants »,«Traiter avec égards et reconnaissance la Science et les Savants,c’est vénérer Dieu », et enfin « Les savants sont les héritiers des prophètes dont le seul patrimoine légué au monde est précisément la Science ».
  Il est facile de saisir dans ces conditions comment et pourquoi l’instruction et la recherche de la connaissance sont devenues une obligation fondamentale pour tout musulman.
Le Prophète libérait ses prisonniers de guerre sans rançon,s’ils apprenaient à lire et à écrire à dix musulmans.Il aimait répéter aussi que :« Assister au cours d’un savant vaut mieux que se prosterner mille fois dans les prières ou assister à mille funérailles ». Et à la question :« Est-ce préférable à la lecture du Coran ? »,
il répondra, « le Coran, profite-t-il sans la science ? ».
Enfin : « L’encre du savant est plus sacrée que le sang du martyr ».
  • L’Islam et la rationalité
Maxime Rodinson a écrit :« La rationalité de la théologie musulmane est extrême, elle est admirable. Tout l’Islam intellectuel du Moyen Age est placé sous les auspices de la raison. »RODINSON, M. : Entre Islam et Occident.
 
Ce que nous pouvons dire,c’est que, à partir d’un corpus fondé sur une révélation,les théologiens musulmans ont mis en oeuvre une démarche rationnelle,critique,dans le cadre de l’authentification des différentes récitations du Coran puis du contenu du Hadith.Un travail du même type a été entrepris ensuite,sur la langue arabe.Le caractère scientifique des méthodes d’investigation a été alimenté et conforté ultérieurement par l’emprunt d’un outil de la « science des Anciens »,la logique.
Au-delà de l’étude du corpus religieux et de la langue arabe,cette rationalité s’est appliquée d’abord dans les domaines juridique et politique.Dans le cadre du développement de la société apparaissent des problèmes qui ne figurent pas dans la liste des situations initialement prévues.Et ces problèmes sont suffisamment nouveaux pour ne pas pouvoir être réglés par analogie avec tel ou tel comportement du Prophète.C’est alors qu’intervient le mufti.C’est quelqu’un qui connaît bien le code musulman et tout ce qui constitue déjà sa jurisprudence.C’est un savant de la religion auquel la société reconnaît,à un moment donné, la capacité à formuler un jugement sur une question non prévue par le dogme et par le code qui en découle, à innover dans une situation originale.Son jugement sera
alors une fatwa.La fatwa est la formulation d’une solution qui n’est appelée à durer longtemps que si elle rencontre un consensus dans la société.
L'importance des femmes pendant la période brillante de la civilisation arabo-musulmane est prouvée par le nombre des femmes qui se sont illustrées par leurs connaissances scientifiques et littéraires.En Orient, sous les Abassides, en Espagne, sous les Ommeyyades, beaucoup d'entre elles acquirent une grande célébrité. Waladat,la fille d'un khalife qui régnait en 860, avait été nommée la Sapho de Cordoue.

Savants des pays d’Islam

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Image:La terre vue par Al-Idrîssî, savant musulman du XIIe siècle.
La première phase de l’Empire musulman, qui s’achève vers le milieu du XIe siècle, avec un certain décalage pour les provinces occidentales et asiatiques,a été caractérisée par un enseignement supérieur privé dans lequel l’Etat
intervenait par le biais du mécénat au même titre que des particuliers.Les programmes de cet enseignement n’étaient pas rigoureusement codifiés mais,sous l’influence des premières orientations de l’époque du calife al-Ma’mun,la
philosophie, les mathématiques et l’astronomie y avaient une place privilégiée.C’est également au cours de cette période que se sont multipliées les bibliothèques,avec des statuts variables puisque certaines étaient publiques ou semi-publiques et d’autres privées.En plus de leur vocation propre,ces institutions ont été également des centres d’enseignement supérieur.Nous ne savons pas s’il y avait des lieux particuliers pour l’enseignement des mathématiques,de l’astronomie et de la physique.Mais,pour la médecine,on sait que de grands professeurs ont prodigué des cours soit chez eux,soit dans l’hôpital où ils exerçaient.Quant à la seconde phase,qui commence avec l’avènement du pouvoir seljoukide en 1055,elle est caractérisée par l’institution de collèges supérieurs,qui porteront le nom de madrasa.Ces nouveaux établissements se distinguent de ceux de la première phase sur un certain nombre de points. Tout d’abord, ils sont financés exclusivement par l’Etat.En contrepartie,ce dernier a un droit de regard sur le choix du profil des enseignants et, par conséquent, sur le contenu du programme.
La civilisation arabo-musulmane a été une civilisation d’échanges,commerciaux bien sûr,mais aussi culturels et scientifiques.Ce qui signifie une grande circulation de l’information d’une extrémité de l’empire à l’autre.Cela vaut pour les échanges entre scientifiques, qui ont été rendus possibles par l’existence d’un support commode, le papier dont le procédé de fabrication aurait été emprunté à la Chine.
Nous savons que des correspondances régulières entre savants ont eu lieu,dans le cadre d’un système postal régulier mis en place dans chaque région.Quand les distances étaient beaucoup trop grandes – ainsi,entre Bagdad et Cordoue – il n’y avait pas de courrier régulier,et les lettres suivaient les routes commerciales.A l’échelon régional, deux procédés étaient utilisés. En premier lieu, le courrier classique par porteur.L’autre procédé utilisait les pigeons voyageurs.Cette technique a d’ailleurs donné lieu à la fabrication d’un papier très fin et léger, pouvant être transporté par ce volatile.
L’existence de polémique – que l’on retrouve en Europe au XVIIe et au XVIIIe siècle (entre Newton et Leibniz, etc) est intéressante.Ce type d’échanges donne en effet des renseignements scientifiques,mais apporte aussi des
informations sur le caractère des correspondants,parfois sur ce qu’ils font,sur la manière dont ils vivent…Ces polémiques ont aussi été fréquentes entre les savants musulmans,nous en connaissons un certain nombre.Les polémiques ont eu lieu surtout aux Xe et XIe siècles,c’est-à-dire durant la période la plus féconde de l’activité scientifique en pays d’Islam.Plus tard,ce seront surtout les polémiques philosophico-théologiques qui s’y développeront,l’exemple le plus célèbre –même s’il s’agit cette fois d’une polémique indirecte,par livres interposés –
étant celle déclenchée par le grand théologien du XIe siècle al-Ghazzali,avec son livre L’incohérence des philosophes, auquel répondra le grand philosophe du XIIe siècle Ibn Rushd,à travers son livre L’incohérence de l’incohérence.
Recherche,débats,controverses passionnées suscitent un bouillonnement intellectuel qui exaspère les lettrés traditionalistes. Pour ces derniers,la liberté de conscience va trop loin.
Le vrai titre de gloire de Bagdad au cours de son âge d’or est là. C’est d’avoir osé penser que l’Homme pouvait accéder par l’expérience et la raison à des vérités qui,loin d’insulter à la parole de Dieu,permettaient au contraire de l’éclairer.Que les savoirs profanes acquis ici-bas convergeaient naturellement vers cette parole, comme vers leur clé de voûte dans le ciel.

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Image:Un ancien manuscrit montrant que les médecins musulmans se concentrèrent beaucoup sur la chirurgie et inventèrent plusieurs instruments chirurgicaux.
  La science des grands médecins de l’Islam fut pendant tout le Moyen-Âge,la Renaissance,l’époque classique et jusqu’au XVIIe siècle en Orient comme en Occident,la science médicale la plus avancée,la plus riche en propositions théoriques et en analyses rationnelles.(Argan dans le Malade Imaginaire aurait mieux été traité par un Avicenne que par un M. Purgon, pourtant de six siècles son cadet !) C’est ainsi qu’après l’invention de l’imprimerie,Le Canon de la médecine d’Avicenne connut une très large diffusion dans le monde entier,seulement dépassée dit-on,par celle de la Bible.Ce Canon de la médecine servit de manuel de référence dans toutes les facultés de médecine d’Europe,à Montpellier comme à Padoue,à Londres ou à Paris, jusqu’à la fin du XVIIe siècle.
Cette médecine est aussi d’un point de vue ostéopathique très importante de par la nouvelle vision de la Santé qu’elle a donnée en Occident, en accordant une grande place à l’hygiène de vie (l’hygiène corporelle, la diététique, l’exercice physique, la musique, les rapports sexuels),en intégrant la dimension psychologique de l’individu et son impact sur le soma et en considérant l’environnement et l’entourage du malade comme étant primordiaux.

 

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Image:Tashrihou  badani'l insan (L’Anatomie du Corps Humain)


Enfin, la médecine arabe a déculpabilisé les malades et la maladie n’est plus vue comme une sanction d’origine divine due à des péchés ou à des forces du mal.


Le Coran dit en effet qu’ :« il n’y a pas de faute chez le boiteux, l’aveugle ou le malade »Coran : Sourate 48, Verset 17.


Si la médecine est l’une des branches du savoir qui sera le plus vigoureusement développée dès le IXe siècle,c’est parce qu’elle répond à une des préoccupations majeures de la cité islamique :soigner le corps pour élever l’âme.
Le soin du corps,loin de nuire au salut de l’âme,permet au croyant d’assumer au mieux sa destinée terrestre.Car c’est en s’impliquant pleinement dans chacun des actes de sa vie,avec ses sens comme avec son esprit,que le croyant s’ouvre à l’infinie diversité du destin de Dieu. Dès lors, la notion même de santé, englobe le physique,le psychique et le spirituel. Elle se conçoit comme une harmonie à sauvegarder ou à retrouver entre ces trois niveaux d’être,entre la personne,son environnement immédiat et les forces qui la dépassent, qui sont à l’oeuvre de l’échelle de l’univers.


Le musulman, qu’il se consacre à l’exercice de la médecine ou simple homme de la société, doit respecter le principe qu’il faut toujours prendre soin d’un homme, malade ou en bonne santé.Au Moyen Age,l’attention portée au malade, n’est pas la même dans le monde musulman ou dans le monde chrétien.
Chez les musulmans,le malade n’est pas isolé.C’est une personne que la société accepte et intègre;non seulement le malade souffrant d’un mal bénin et passager,que l’on soigne normalement dans un cabinet médical,mais aussi celui qui souffre de maladie grave comme la lèpre ou la folie.En terre d’Islam,le fou est considéré comme un illuminé et tant qu’il n’est pas agressif, il peut vivre en toute liberté.



Les médecins arabes considèrent la maladie « comme un dysfonctionnement qui doit être replacé toujours dans un individu en particulier et dans le monde dans lequel vit cet individu. C'est-à-dire qu’une même maladie frappant un homme ou une femme, d’âges différents, dans des régions différentes ne sera pas traitée de la même manière. Le médecin doit prendre en compte tous les paramètres qui font qu’un individu est ce qu’il est et qu’il souffre de tel mal. » (Danièle Jacquart,1999).



Les médecins arabes allaient pouvoir lier un immense savoir théorique,à l’observation sur grande échelle de cas cliniques et ce,avec le développement des hôpitaux,les bîmâristâns.L’hôpital est une des grandes réalisations de la société islamique,centre de traitement médical et maison de convalescence.C’est aussi un asile d’aliénés,ainsi qu’une maison de retraite pour vieillards et infirmes privés de famille.C’est enfin, un centre de formation théorique et pratique de la médecine.
Le plus ancien des hôpitaux est fondé par Harrun al-Rashid vers 800 et sera suivi de cinq autres au début du Xe siècle. On distingue déjà : troubles gastrointestinaux, maladies mentales, rhumatologie, maladies féminines, troubles oculaires, fièvres, soins chirurgicaux.
Le malade était soigné gratuitement, recevait des médicaments.S’il était nécessiteux le malade ressortait avec de l’argent et des vêtements propres.Par ailleurs,des suivis quotidiens sont fournis aux prisonniers et des dispensaires itinérants sont mis en place pour sillonner diverses provinces de l’Irak.D’autres hôpitaux sont créés hors d’Irak : au Caire, à Damas, à Kairouan et à La Mecque.


S’appuyant sur un savoir accumulé depuis des siècles,mais aussi sur les meilleures observations cliniques disponibles à leur époque (notamment grâce aux observations à grande échelle dans les hôpitaux),les grands médecins musulman étaient tous des médecins-philosophes,possédant souvent un savoir encyclopédique en sciences naturelles (botanique, minéralogie, sciences vétérinaires,chimie/alchimie) et ils comptaient parmi les savants les plus notoires de cette civilisation.Par leurs multiples intérêts,ces grands médecins étaient à la recherche de connaissances universelles,de vérités inaliénables fondées sur l’usage de la raison.


  • Les sciences rationnelles

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Les sciences rationnelles atteignirent en Islam un niveau incomparable.La science arabo-musulmane est ainsi devenue l'inespérée chaine de transmission des savoir antiques sur l'europe,qui put ainsi"renaitre" aprés les siècles obscurs des invasions barbares et du haut moyen age,du V eme au XIII eme siècle.La science arabe fit réaliser par ailleurs des progrès fondamentaux dans plusieurs sciences : les mathématiques et l'astronomie,avec al-Khuwarizmi et l'invention de l'algèbre, Abu Wafa pour la géométrie,l'astronomie,où les inventions furent décisives pour la maitrise des océans (avec l'astrolobe et la boussole).La physique progressa pareillement,les sciences naturelles,la médecine,où les Arabes,notament d'al-Andalus,maintinrent l'héritage grec tout en l'enrichissant d'apports nouveaux.Ce mouvement en faveur des sciences fut surtout l'oeuvre des abassides(VIII-XIII siècles).Les sciences sociales ne furent pas négligées,notamment la littérature, l'histoire,l'établissement de généalogies,la poésie...Mais la discipline qui doit le plus au sauvetage arabo-musulman,c'est la philosophie grecque  dont les traités ne nous seraient pas parvenus sans les traducteurs arabes et juifs de l'Espagne du Sud qui investirent les grands philosophes antiques et firent connaitre leurs problématiques en les enrichissant d'une pensée nouvelle.
Parmi les commentateurs,on peut citer quelques noms parmi les plus grands;en Orient,Al-Kindi,né en Irak au début du IX siècle et mort en 873,philosophe dont la recherche couvre les travaux non seulement des Grecs,mais aussi des Perses et des Indiens.Al-Farabi(872-950),qui fut appelé le "deuxieme maitre"(après Aristote),proposa une cosmogonie dont s'est inspiré Ibn Khaldoun qui lui reprend sa problématique des formes de la création.D'abord les minéraux,puis les végétaux,puis les animaux,puis l'homme (cf. supra); ensuite la chaine des causes entre cause seconde et cause première dans l'intellect actif et échappant à l'entendement humain,enfin l'Unité dans le Divin.On peut indiquer également l'oeuvre d'Ibn Sina (980-1037),connu en Europe sous le nom d'Avicenne,encyclopédiste de génie,consacré tant par ses écrits dans le domaine de la philosophie que par ses recherches sur la médecine.Néoplatonicien,il eut une influence non négligeable sur le regain d'intéret de l'Europe latine pour la philosophie.En Occident arabe,la philosophie s'illustra par de très grands maitres.
Abu Bakr Ibn Al Sa'ign Ibn Badjdja(Avempace),philosophe (fin du XI siècle-1138),né à Saragosse,s'est appliqué à commentrer les oeuvres d'Aristote et d'Al-Farabi.Sa préoccupation première étant d'appréhender le tout à partir des sciences rationnelles.Abu Bakr Muhammad Ibn Tufayl (début du XI siècle-1186),né à Cadix et mort à marrakech,servit le souverain philosophe almohade Abu Yacoub Youssef.Son idée était que,par ses dispositions intellectuelles,l'homme se trouvait capable d'appréhender le monde,l'univers,sans qu'il soit nécessaire de supporter un autre intellect;plutot le philosophe,d'ailleurs,que l'hommes,car seul le premier a l'ascèse et l'intelligence qui permettent de parcourir le chemin de la connaissance.Ibn Tufayl publia un ouvrage allégorique et de fiction,Hayy ibn Yaqzan,traduit en hébreu au XIV siècle,puis en latin,sous le titre Philosophus autodidactus.Il s'agit d'un personnage du nom de Hayy ibn Yaqzan qui nait"par génération spontanée"et parcourt les étapes de la vie,découvre la philosophie et la religion de lui-meme,avant de se retrouver sur une ile dans la méditation transcendante et la félicité pour finir ses jours.A travers cet ouvrage,Ibn Tufayl semble avancer l'idée que la philosophie n'a aucune difficulté à conduire à la religion,mais que l'inverse n'est pas possible.Certains y ont vu, dans un contexte de retour en force des traditionalistes à partir de la seconde moitié du XII siècle,une façon de régler des comptes.
Abu l'Walid Muhammed Ibn Ahmad Ibn Muhammed Ibn Rushd,connu sous le nom d'Averroès en Occident latin,est né à Cordoue en 1126 et mort à Marrakech en 1198.Il a transmis la philosophie d'Aristote dont il a commenté les oeuvres à la demande du sultan Yacoub Al Mansour.Outre de nombreux travaux sur la médecine,sur le droit,il a écrit sur à peu prèstous les traités d'Aristote avant de connaitre le discrédit à la fib de sa vie.
Les philosophes musulmans hellénistes avaient pu apporter leur contribution à l'essor de la civilisation universelle.
 
«L'islam,écrivent Louis Massignon et Roger Arnaldez,a joué un role trés important dans l'épanouissement scientifique du Haut Moyen Âge.Les Arabes ont fait mieux que transmettre la science :ils en ont éveillé le gout et ils ont commencé à confronter les concepts grecs avec l'expérience ils ont mené une immense activité d'observations critiques où l'on peut voir à juste titre,un prodigieux éveil de la raison scientifique. (*)»
(*)Cité in Joseph Burlot,La Civilisation islamique,Paris,Hachette,1990,p.106.
 
A lire aussi :     Nos ancêtres les Arabes


  Sources
 
  • APPORTS DE LA CIVILISATION ARABO-MUSULMANE DANS LA CONSTITUTION  DES PRINCIPES PHILOSOPHIQUES DE L’OSTEOPATHIE.
  • Ibn Khaldûn, un islam des Lumières?  Par Claude Horrut.
  • Gustave Le Bon (1884) La civilisation des Arabes.

 Professeur B. Tanout

 





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     "La lutte politique qui aboutit à la victoire d'un candidat, avec, par exemple 51% de l'ensemble des voix des électeurs, conduit à un système dictatorial, mais sous un déguisement démocratique. En effet, 49% des électeurs sont gouvernés par un système qu'ils n'ont pas choisi, et qui, au contraire, leur a été imposé. Et cela c'est la dictature. Cette lutte politique peut aussi aboutir à la victoire d'un appareil ne représentant que la minorité, notamment lorsque les voix des électeurs se répartissent sur un ensemble de candidats dont l'un obtient plus de voix que chacun des autres considéré à part. Mais si l'on additionnait les voix obtenues par les « battus », cela donnerait une large majorité. Malgré cela, c'est celui qui a le moins de voix qui est proclamé vainqueur, et son succès est considéré comme égal et démocratique ! Mais en réalité il s'instaure une dictature sous des apparences démocratiques. Voilà la vérité sur les régimes politiques qui dominent le monde actuel. Leur falsification de la vraie démocratie apparaît clairement: ce sont des régimes dictatoriaux."   Mouammar KADHAFI

. "La démocratie directe, quand elle est mise en pratique, est indiscutablement et incontestablement la méthode idéale de gouvernement. Comme une nation, quelle que soit sa population, ne peut être rassemblée pour discuter, étudier et décider de sa politique, les sociétés sont détournées de la démocratie directe, qui est demeurée une idée utopique éloignée de la réalité. Elle a été remplacée par de nombreuses théories de gouvernement, telles que les assemblées parlementaires, les coalitions de partis, les référendums. Toutes ont conduit à isoler le peuple de l'activité politique, à usurper sa souveraineté, et à confisquer son pouvoir au profit d' « appareils de gouvernement » successifs et en conflit, qu'ils soient individu, classe, secte, tribu, Parlement ou parti."  Mouammar KADHAFI

. "La propriété pourrait bien changer de mains, le résultat serait le même: le travailleur demeure un salarié tant qu'il n'a pas été rétabli dans son droit sur sa propre production, et que celle-ci continue à être détournée au profit de la "collectivité" ou de l'employeur.La solution finale à ce problème consiste à abolir le salariat, par la libération de l'homme de l'asservissement dans lequel celui-ci le maintient." (Mouammar KADHAFI)

. "LE LOGEMENT est une nécessité pour l'homme et sa famille. Il ne doit appartenir à personne d'autre qu'à lui. Un homme n'est pas libre quand il habite une maison louée. En matière de logement, la politique suivie par les Etats a consisté à réglementer la location en bloquant ou en augmentant les loyers. La seule solution radicale et définitive est l'accession à la propriété. Dans la société socialiste, nul ne peut être maître des besoins de l'homme. Personne ne peut dans cette société, bâtir un logement autre que pour lui-même et ses héritiers. La maison de l'individu étant un de ses besoins fondamentaux, nul ne peut construire dans le but de louer."  Mouammar KADHAFI

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