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14 août 2010 6 14 /08 /août /2010 19:00

Selon les médias, l’épicentre de la crise financière semble passer des Etats-Unis en Europe. Chacun parle de crise grecque et de crise de l’euro. Les rapports des politiciens et journalistes reflètent une vue à terme toujours plus court. La science semble désemparée et ne donne, en aucun cas, d’orientation convaincante. Sur les marchés financiers, les opérateurs réagissent plutôt qu’ils n’agissent. Ils sont guidés par des forces et des évolutions qu’ils ne peuvent ni prévoir, ni discerner, ni comprendre. Les résultats correspondent à cette situation.

 

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1. Genèse de la crise financière

Si l’on veut évaluer une situation extraordinaire et y mettre fin, il faut définir auparavant sa cause avec précision.

Ce qui se présente à nos yeux comme crise financière est l’éclatement partiel d’une bulle financière qui s’est formée pendant des décennies et la fin d’une prospérité monétaire apparente, avec toutes les fautes qui en résultent.

Depuis que le Système de réserve fédérale (la FED) a perdu, en 1971, l’étalon de change-or, la garantie de l’Etat et tous les engagements relatifs à la masse monétaire qui leur sont liés, ses propriétaires privés ont vu la masse monétaire se multiplier par quarante en 30 ans seulement – alors que la croissance des biens n’était que de quatre fois. La FED a donc inondé les Etats-Unis et le monde de dollars de plus en plus nombreux et dépourvus de valeur, qui ont abouti au lancement de produits financiers toujours plus volumineux et charlatanesques et qui ont été achetés et traités comme des valeurs apparemment sûres par les banques du monde entier, en raison de l’attribution d’attestations supérieures de solvabilité par les mêmes institutions. Ainsi, les groupes financiers dominants ont pu, grâce à des fonds constamment renouvelés, acheter des matières premières et des capacités industrielles dans le monde entier, réaliser des bénéfices toujours plus élevés, financer les guerres onéreuses et les déficits commerciaux toujours plus grands des Etats-Unis par des dollars venant d’être imprimés, les banques centrales et les banques privées du monde entier ont pu accumuler des quantités toujours plus volumineuses de dollars dépourvus de valeur et mettre la masse monétaire ­mondiale croissante en extase et provoquer prétendument un bien-être croissant.

Dans cette prospérité apparente, tous les Etats ont majoré leurs droits et pu répartir des prestations sociales toujours plus élevées. La masse monétaire croissante a masqué l’endettement toujours plus élevé de l’Etat et du secteur privé.

La bulle financière mondiale qui en a résulté ne pouvait pas gonfler indéfiniment et devait enfin être corrigée ou éclater. Il vient un moment où tout échange d’effets sans fondement matériel arrive à sa fin.

2. Evolution de la crise financière

La bulle financière a tout d’abord éclaté sur le marché immobilier des Etats-Unis, quand les prix des maisons ont commencé à baisser et que le service de la dette de crédits hypothécaires atteignant jusqu’à 120% du prix d’achat n’a plus pu être assuré. Lorsque la grande banque américaine Lehman Brothers s’est effondrée, les lois du marché auraient dû faire se dégonfler la bulle financière. Si l’Etat n’était pas alors intervenu, elles auraient fait en sorte

• que les produits financiers pourris soient considérés comme tels et dévalorisés,

• que les établissements financiers émetteurs ou détenteurs de produits financiers pourris subissent de lourdes pertes ou doivent déposer leur bilan,

• mais que de nombreux investisseurs privés en produits financiers «toxiques» réalisent aussi de lourdes pertes

• et qu’un tel dégonflement de la bulle financière la ramenant à la réalité provoque également la résiliation de crédits et un ­manque de liquidités dans l’économie réelle.

Le krach que nous avions prévu il y a déjà huit ans et même décrit dans un livre («Was passiert, wenn der Crash kommt?» Que se passera-t-il quand le krach éclatera?) a frappé de plein fouet un secteur financier surchauffé, mais aussi les finances publiques.

Dans cette situation, le ministre des fi­nances des Etats-Unis, Paulson (auparavant un des principaux auteurs de la bulle financière en tant que président de Goldman Sachs) a voulu éviter que ses collègues banqsters ne subissent des pertes, en constituant le plus grand paquet d’aide de l’Etat que les Etats-Unis aient jamais connu. Ce faisant, il a socialisé les pertes des banques spéculatrices et des autres spéculateurs et les a fait endosser par le contribuable. Mais il y a pire: Il a fait une tâche de l’Etat et du contribuable d’une correction nécessaire d’économie privée qui incombe à l’économie de marché. Il a imposé la même action dans tous les secteurs dominés par les Etats-Unis. En Europe, les satellites ont dû aussi assumer les plus grandes responsabilités de leur histoire pour appuyer les banques internationales prédatrices aux dépens de leurs contribuables. On est ainsi passé d’une crise financière privée mondiale à une crise des finances publiques.

3. Situation de crise

La reprise sans vergogne de dettes ban­caires par l’Etat a fait vaciller la confiance dans le dollar surtout. Les plus grands créanciers en dollars – les Chinois – ont dû être amadoués par une grande délégation gouvernementale des Etats-Unis et recevoir des garanties en argent pour éviter qu’ils n’inondent le marché de dollars dépourvus de valeur. Les Etats-Unis et leur haute finance ont dû lutter surtout contre le fléchissement de la confiance dans le dollar, car ils ont besoin quotidiennement de plus d’un milliard de dollars d’afflux de fonds de l’étranger pour continuer à financer leurs paiements de guerre et d’importations. Quand la Russie et d’autres pays ont commencé à refuser les dollars pourris et que d’autres créanciers privés en dollars ont échangé ceux-ci contre des monnaies plus solides – notamment des euros –, la haute finance et l’administration des Etats-Unis ont sonné l’alarme, le pays étant menacé de problèmes en matière de paiements.

Dans cette situation, l’euro aussi s’est affaibli soudainement – était-ce une manœuvre libératrice? –, parce que les agences de notation américaines ont rétrogradé la Grèce et fait un problème de ce pays conseillé et crédité, dans ses tromperies en matière d’euro, par la banque américaine peu reluisante qu’est Goldman Sachs.

Selon les lois du marché, la Grèce aurait dû alors déposer son bilan. Ce qui aurait surtout entraîné une perte de quelque 300 milliards dans les banques du groupe dominant de la haute finance.

Il n’est donc pas étonnant que la haute finance américaine ait exigé une deuxième fois que la responsabilité soit assumée par le contribuable et que la Commission de l’UE ait saisi cette chance unique d’étendre ses prérogatives, de s’emparer, sous prétexte d’aide solidaire, du dernier et plus important droit souverain des Etats membres européens, à savoir le droit de dresser leur budget. Ces deux groupes de pression ont, de concert, fait chanter la Chancelière fédérale d’Allemagne et même le président de ce pays. De cette façon, non seulement la crise financière des banques, à l’origine privée, a été socialisée par la garantie de l’Etat, mais aussi la crise financière d’un Etat membre a été socialisée, dans le cadre d’une responsabilité solidaire européenne, devenant le problème de tous les autres Etats membres, transformés en union de transferts. La situation se caractérise par le fait que non seulement les banques internationales spéculatrices restent vacillantes, parce qu’elles n’ont pas encore pu amortir la moitié de leurs produits toxiques, et que les marchés financiers demeurent submergés de produits douteux et qu’ils n’ont donc pas encore corrigé suffisamment la bulle financière, mais que la crise financière privée n’est plus limitée à un pays et s’est étendue à tous les Etats d’Europe par la reprise de responsabilités. Par conséquent, non seulement le marché financier privé doit encore être corrigé, mais aussi les finances publiques des Etats-Unis et de toute l’Europe doivent être adaptées.

4. Conséquences de la crise

Comme incontestablement l’accroissement débridé des masses monétaires américaines a provoqué le déferlement de dollars et leur dévalorisation, ainsi qu’une augmentation malsaine des masses monétaires du monde occidental, le rapport entre la masse monétaire et la masse de biens doit être corrigé dans l’ensemble du monde occidental, le secteur financier privé tout comme le secteur financier public doivent être assainis, les crédits et produits financiers peu solides du secteur privé gelés et l’endettement excessif du secteur public doit être réduit.

5. Alternatives théoriques de solutions

Théoriquement, on discerne des alternatives d’économie de marché et d’économie d’administration:

• Solutions d’économie de marché

Si les banques sont endettées excessivement ou qu’elles détiennent des papiers peu solides ou pourris, elles devraient être dévalorisées, certains de leurs comptes débités, le cas échéant leur bilan déposé selon les lois du marché. Dans ces cas, le dommage frappe surtout les propriétaires des banques, mais aussi leurs créanciers.

C’est pourquoi, lors de la crise ban­caire, les grandes banques internationales ne peuvent pas être traitées d’après les règles de l’économie de marché: Les propriétaires (haute finance) ne voulaient pas assumer les pertes, mais ils avaient une telle force politique, grâce aux gouvernements à leur main, qu’ils étaient en mesure d’imposer une solution non à leur charge, mais aux dépens de tiers.

Cependant, l’assainissement des banques internationales spéculatrices n’est pas terminé. Nous devons encore éliminer à peu près la moitié de leurs produits toxiques ou les parquer dans ce que l’on appelle les bad banks, de sorte que celles-ci devraient encore amortir des montants considérables, donc réaliser des pertes durant la prochaine décennie, selon les lois du marché.

Lorsque les Etats sont endettés excessivement et qu’ils ne peuvent plus recevoir de crédits, les lois du marché les obligent à se déclarer en faillite. L’Etat ne remboursera plus alors ses crédits, mais les gèlera à long terme ou forcera les créanciers à renoncer à une grande partie de leurs crédits, si bien que le solde de la dette et les intérêts restreints assureront à l’Etat une certaine liquidité. Les créanciers essuient toujours une perte lors d’une faillite de l’Etat. Telle est exactement la raison pour la­quelle la Grèce ne devait pas faire faillite. En effet, les créanciers étaient les mêmes ­banques internationales spéculatrices, en particulier Goldman Sachs, qui, lors de la première crise bancaire privée, avaient déjà pu répercuter leurs pertes sur le contri­buable. Durant la crise grecque également, ces banques ont mis à contribution leurs relations politiques. Pour ne pas devoir assumer les pertes en tant que banques créancières, elles ont invité les gouvernements européens à sauver la Grèce prétendument par solidarité européenne, mais en réalité afin de sauver les banques et d’essuyer leurs pertes. Merkel s’est défendue de manière désespérée, mais a dû faire face aux pressions du Politbureau de Bruxelles et a baissé les armes après un appel du président des Etats-Unis. Le président de la République fédérale d’Allemagne a été forcé de signer l’approbation du paquet de dettes après quelques heures d’examen. Visiblement honteux, il a démissionné.

• Solutions d’économie d’administration

Si le secteur privé ne doit pas perdre son sang et que ce sacrifice incombe donc au secteur public, il faut combattre la crise par l’économie d’administration. Lors de la première crise bancaire, l’intervention des Etats a empêché un krach à court terme, la réflexion selon laquelle des garanties de l’Etat étendent à long terme les corrections nécessaires d’économie de marché, permettant de gagner du temps, s’est révélée pertinente. Ainsi, en quelque deux ans, à peu près la moitié des produits financiers pourris a été détruite par des amortissements privés et publics, la force correc­trice du marché se montrant hésitante, mais exerçant ses effets.

On peut se demander s’il est responsable et rentable à long terme de sauver avec les deniers publics des banques internationales, telle la HRE (Hypo Real ­Estate Bank) pour épargner la perte totale aux propriétaires – la haute finance américaine – et gagner du temps pour la restructuration. La réponse définitive dépend du cours ultérieur de la seconde phase de la crise.

Toutefois, si les Etats ont essuyé les ­pertes des banques privées et/ou se sont endettés trop fortement, ils ne peuvent plus éviter leur propre assainissement. S’il n’y a pas de solution correspondant aux règles de l’économie de marché (faillite de l’Etat), la solution se basera sur l’économie d’administration. Théoriquement, il n’y a, là aussi, que deux possibilités:

La réduction des dettes de l’Etat par un assainissement budgétaire qui prendra la forme d’une augmentation des recettes et/ou d’une diminution des dépenses.

Théoriquement, il ne peut y avoir beaucoup de postes supplémentaires de recettes, car la plupart des Etats imposent déjà à leurs contribuables des charges à la limite de la tolé­rance. Cependant, il y a de nombreux postes de dépenses dans lesquels on pourrait théoriquement épargner. Par exemple, on pourrait diminuer les tâches de l’Etat en congédiant les dizaines de milliers de «chargés de» et leurs autorités; on pourrait tirer profit du fait de biffer des subventions comme celles accordées aux mines. En période de crise, les Etats ont toujours réduit les salaires du secteur public. Ceci serait également une possibilité d’assainissement. En Grèce, il a fallu même réduire de moitié l’effectif des serviteurs de l’Etat, parce que le gouvernement actuel les avait engagés sans tâche, sans poste de travail et sans objectif. On pourrait restreindre surtout les prestations sociales. Pourquoi devons-nous, contrairement aux autres démocraties, attribuer immédiatement à ­chaque immigré au chômage des prestations sociales? Et pourquoi payons-nous de telles prestations pendant toute la vie de l’intér­essé, voire à plusieurs générations? Songeant à l’après-guerre, où nous nous sommes rétablis grâce à notre épargne, nous disposerions de cette possibi­lité, théorique aujourd’hui. A vrai dire, on peut se demander si elle est réalisable socialement et politiquement.

L’éventualité d’un assainissement par les économies n’est pas sans conséquences. Si, par exemple, la Grèce voulait résoudre le problème de son énorme endettement uniquement par un plan de rigueur, le pays sombrerait dans la pire crise conjoncturelle de son histoire, cette dépression affecterait en outre ses partenaires commerciaux; et avant tout, en raison de l’importance des dettes, elle durerait plus d’une décennie, perspective qui paraît irréelle. Et si même plusieurs pays voulaient sortir de leur endettement en recourant aux économies, cela entraînerait en Europe, par exemple, une récession à long terme voire une dépression qui s’étendrait aux autres pays. Cela signifierait que d’importantes couches de la population s’appauvriraient et que la misère pourrait provoquer une ­guerre ­civile à laquelle aucun gouvernement démocratique ne pourrait résister. Tout ministre d’un gouvernement démocratique qui fait des économies doit démissionner. Il en a toujours été ainsi, si bien que les gouvernements démocratiques n’essaient même plus de pratiquer cette politique. Le ministre grec des finances a déjà fait savoir qu’il ne tiendrait pas ses promesses et qu’il ne prendrait pas de nouvelles mesures de rigueur.

La dernière solution de politique financière, entre une augmentation considérable de la masse monétaire et une réduction de la production de biens, consiste dans la dévaluation, donc dans l’inflation ou la réforme monétaire.

L’inflation a le grand avantage de se pro­duire insidieusement et de venir au secours de certains groupes de décideurs, avant tout de l’Etat, en augmentant les recettes fiscales et en dépréciant les anciennes dettes. Elle profite également aux entreprises en leur permettant d’imposer une hausse des prix. Les salariés et les ­retraités ne se rendent compte qu’après coup qu’ils y perdent.

Cependant la problématique de l’inflation consiste en ce que, dans les pays excessivement endettés, elle n’est efficace qu’à moyen terme et non pas à court terme. Il faut une inflation à deux chiffres pour alléger les dettes des Etats-Unis ou des pays méditerranéens: 3, 4 ou 5% sont insuffisants. Mais cela a pour effet de perturber, voire de détruire le ­système des taux de change. Au plan international, l’inflation entraîne une modification des flux de marchandises et des monnaies. Si l’inflation aug­mente, elle devient souvent impos­sible à maîtriser et débouche toujours sur une ré­forme monétaire. Elle ne permet donc pas un assainissement durable, ce qu’elle devrait faire si l’on voulait résoudre le problème de la dette.

Seule une réforme monétaire réduirait la dette publique à brève échéance et de ­manière durable. C’est pourquoi, après des guerres ou une mauvaise gestion économique, on a dans la plupart des cas essayé de remédier à un endettement public par une réforme monétaire. L’histoire en connaît plus d’une centaine.

Une réforme monétaire présenterait l’avantage théorique d’avoir un effet immédiat, que les perdants comme les gagnants auraient prise sur elle et qu’elle éviterait la récession ou la dépression parce que l’économie repartirait tout de suite après la dévaluation. C’est avant tout le dernier moyen théorique d’assainir les finances en cas de dette publique importante quand tous les autres moyens soit ont échoué soit sont impossibles politiquement.

Autres solutions pratiques

Comme dans le monde et aussi chez nous l’économie réelle fonctionne encore assez bien, qu’elle n’est guère touchée par la crise, les solutions concrètes doivent se concentrer uniquement sur les finances publiques et privées. Ces deux domaines sont gonflés artificiellement par la création de monnaie américaine. Dans les deux domaines, la bulle monétaire doit être corrigée, la masse monétaire et le volume des marchandises doivent être équilibrés. A cet effet, les solutions pratiques sont les suivantes:

Le principal responsable de l’explosion de la masse monétaire est le système de Réserve fédérale, qui montre qu’une banque centrale privée ayant le droit d’émettre de la monnaie est trop exposée aux abus pour maintenir constante la valeur de la monnaie. La FED doit par conséquent être nationalisée, devenir un organisme neutre consacré uniquement au maintien du pouvoir d’achat de la monnaie, comme le fut pendant des décennies de manière exemplaire la Banque fédérale d’Allemagne.

A vrai dire, la Banque centrale europé­enne devrait également se consacrer à cette mission dans la stabilité et l’indépendance politique. Or actuellement, son indépendance est menacée sous la pression des Etats-Unis et de la French Connection (Trichet/Sarkozy) qui cherche à soumettre les décisions ban­caires à sa politique et a mis fin à cette indépendance à l’occasion de la crise grecque grâce à des prêts de 750 milliards d’euros et le rachat d’emprunts grecs sans valeur (40 milliards d’euros). A vrai dire, l’Europe tout entière devrait protester vivement contre cette évolution funeste.

Les Etats-Unis et l’Europe ont choisi des moyens différents pour résoudre la crise de la dette publique: les premiers continuent d’augmenter de manière effrénée la masse monétaire alors que la seconde cherche à assainir les budgets publics par des plans de rigueur. Mais le ministre américain des finances, furieux, a exigé de Wolfgang ­Schäuble que l’UE mette fin à ses mesures d’économies. Selon lui, l’UE doit augmenter la masse monétaire, c’est-à-dire recourir à l’inflation, afin que l’euro ne soit pas plus stable que le dollar. Il sera intéressant de voir si les Européens vont une nouvelle fois obéir à l’Amérique ou oser suivre leur propre voie, la meilleure.

Cependant on ne sait pas au juste jusqu’où l’on peut aller avec les plans de rigueur. Jusqu’ici tous les gouvernements démocratiques qui voulaient prendre de sérieuses mesures d’économie n’ont pas été réélus. Le ministre grec des finances lui aussi a annoncé, après les protestations de la population, la fin du programme d’économies. La seule bonne solution, qui consiste à réduire le déficit public en diminuant la masse moné­taire est donc possible uniquement en théorie, mais pratiquement impossible à imposer politiquement.

Si l’inflation se produisait maintenant déjà, les intérêts devraient augmenter fortement et étrangleraient de nombreux budgets publics. Nous devons donc nous attendre à ce que pour l’instant les banques centrales créent de l’argent bon marché prêté à bas taux pour permettre le financement des budgets publics.

Mais argent bon marché signifie d’avan­tage d’argent et davantage d’argent, c’est toujours l’inflation. Nous devons nous attendre à de l’inflation prochainement aux Etats-Unis et un peu plus tard en Europe. Les Américains (Stieglitz) recommandent cette solution depuis longtemps parce que les Etats-Unis sont sortis deux fois, après les deux guerres mondiales, de la crise de l’endettement grâce à l’inflation. En revanche, en Europe, nous redoutons l’inflation à cause de ses effets redistributifs (transformation des valeurs monétaires en biens réels) et parce qu’en s’accentuant, elle bascule trop facilement dans la réforme monétaire. Cependant, sous la pression des Etats-Unis et à la suite de la mau­vaise politique de gonflement de la masse monétaire de la Banque centrale europé­enne, nous devons nous attendre en Europe également à une inflation grandissante.

Tous les politiques sont d’accord sur le fait que nos gouvernements et Etats ont été vic­times du chantage de l’industrie financière, en particulier de celle des Etats-Unis. On se rend compte combien Brzezinski a raison quand il indique que le gouvernement américain est régenté par la haute finance et qu’il doit imposer ses instructions aux pays vassaux. Le développement de l’industrie financière a entraîné un renversement des rapports de force traditionnels: Ce n’est plus la poli­tique qui domine l’économie mais l’industrie finan­cière et les grands groupes qui dominent la politique. Cette dernière doit à nouveau fixer des règles à l’industrie financière, reprendre le contrôle et empêcher les excès de la fi­nance.

Presque tout le monde est d’accord là-dessus mais les Américains et les Européens surtout débattent des moyens à mettre en œuvre. Notre ministre des finances veut instaurer une taxe sur les transactions financières pour disposer en tout temps d’un fonds permettant de refinancer les établissements en difficultés. Le ministre de l’économie Brüderle s’oppose à juste titre au plan du ministre des fi­nances car il grèverait à nouveau le budget des consommateurs (à l’instar de la TVA) et entraînerait une délocalisation des opérations financières si tous les pays important du monde n’adoptaient pas la même mesure. Tant que le gouvernement américain piloté par l’industrie financière ne collaborera pas, cette solution restera inapplicable.

Toutefois l’Allemagne a interdit à juste titre le négoce des produits dérivés et des opérations à découvert. Mais cette mesure également est torpillée par la finance américaine parce qu’elle empêche le gouvernement de prononcer une telle interdiction.

Finalement, il a été proposé que les ­banques augmentent leurs fonds propres et cotisent à un fonds qui puisse, au lieu de l’Etat, leur venir en aide en cas de difficultés. Le gouvernement américain a introduit une mesure semblable. Mais elle ne déploiera ses effets qu’à long terme.

Les experts financiers proposent qu’à l’avenir, les problèmes de surendettement et de liquidités des banques aboutissent à des dépôts de bilan ou à des reprises par l’Etat afin que, comme lors de la première crise bancaire, les actionnaires ne s’en tirent pas sans dommages au lieu d’être les premiers à les supporter. Mais on peut douter que cette mesure judicieuse puisse s’imposer contre la suprématie mondiale de la haute finance américaine. Lors de la première crise déjà, d’anciens membres de cette haute finance (le ministre des finances Paulson) ont épargné les actionnaires en reportant les pertes sur les contribuables. On a eu recours à la même astuce avec l’aide accordée à la Grèce.

Il existe donc de nombreux moyens pra­tiques de résoudre l’actuelle crise des fi­nances publiques et privées mais malheureusement elles ne sont pas toutes applicables poli­tiquement ou contre le pouvoir de la haute finance, si bien que les solutions praticables sont peu nombreuses.

Comment la crise va-t-elle évoluer?

Jusqu’ici, les propositions de solutions visant à résoudre les problèmes n’ont pas eu de succès. Plus de la moitié des produits financiers pourris et les dettes publiques, en particulier aux Etats-Unis, doivent encore trouver une solution. Nous devons donc nous attendre à une seconde phase de la crise «(double dip)». Le dollar a besoin d’une nouvelle correction drastique. La confiance dans le billet vert a été ébranlée à la suite de la très mauvaise gestion de la crise par la FED et par les grandes banques américaines. Actuellement, le dollar n’est plus accepté que parce que les Américains ont provoqué une crise de l’euro et ont également ébranlé la confiance dans cette monnaie. Cette manœuvre de diversion ne va pas être longtemps efficace. Les Etats-Unis sont non seulement surendettés mais menacés d’insolvabilité. Toutefois, leurs guerres et les engagements qu’ils ont contractés pour leurs importations nécessitent plus de 360 milliards de dollars sous forme de devises ou d’argent de la FED pour maintenir leur solvabilité. A défaut, la faillite et une réforme monétaire seront inévitables.

Toutefois, les Etats-Unis ont pu deux fois déjà utiliser une grave crise pour faire repartir l’économie en participant à des guerres mondiales, en vendant du matériel de guerre et en tirant profit du butin de guerre (or allemand, brevets allemands et coût de l’occupation). Cela pourrait les inciter à recourir aux mêmes moyens maintenant. Après tout, les préparatifs de guerre contre l’Iran sont terminés; il ne manque plus qu’un second 11-Septembre.

L’inévitable réforme monétaire aux Etats-Unis pourrait être quelque peu retardée par la guerre, mais après, elle devrait être plus profonde.

En Europe, nous avons résisté sans trop de mal, quoique au prix fort, à la première crise bancaire et nous aurions été sur la voie du rétablissement si la crise grecque n’avait pas incité pour la seconde fois les politiques à mettre les dettes bancaires sur le dos des contribuables et à assumer une responsabilité réciproque pour les pays malades de l’UE (union de transfert). Ces mesures financières tout à fait irresponsables ont été prises ces derniers mois. Nous avons repoussé à plus tard et pris à notre compte la faillite d’un pays mais nous avons provoqué ainsi dans d’autres pays un endettement tel qu’il ne pourra probablement pas être résorbé par les économies ou l’inflation.

On se rend compte maintenant que la prétendue «solidarité européenne» est utilisée par les paresseux, ceux qui manquent de sérieux ou les criminels pour exploiter ceux qui sont assidus, sérieux et honnêtes. Cela pourrait entraîner l’éclatement partiel ou total de la zone euro, voire peut-être de l’Union européenne.

Laisser la Grèce se déclarer insolvable (faillite d’Etat), aurait été la solution la plus simple, la plus sérieuse et la moins coû­teuse. L’agitation fébrile de nos politiques n’a pas résolu le problème, il n’a fait que reporter sur les contribuables les dommages causés par les banques, en tout cas pour les Allemands. Ces deux prochaines années, nous aurons en Europe de graves problèmes financiers, peut-être en même temps que les Etats-Unis ou après eux et peut-être une réforme de l’euro.

Mais il se peut qu’une opération brève et douloureuse comme une réforme monétaire nous épargne une récession ou même une dépression.

Eberhard Hamer

Traduit par Horizons et Débats

 

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     "La lutte politique qui aboutit à la victoire d'un candidat, avec, par exemple 51% de l'ensemble des voix des électeurs, conduit à un système dictatorial, mais sous un déguisement démocratique. En effet, 49% des électeurs sont gouvernés par un système qu'ils n'ont pas choisi, et qui, au contraire, leur a été imposé. Et cela c'est la dictature. Cette lutte politique peut aussi aboutir à la victoire d'un appareil ne représentant que la minorité, notamment lorsque les voix des électeurs se répartissent sur un ensemble de candidats dont l'un obtient plus de voix que chacun des autres considéré à part. Mais si l'on additionnait les voix obtenues par les « battus », cela donnerait une large majorité. Malgré cela, c'est celui qui a le moins de voix qui est proclamé vainqueur, et son succès est considéré comme égal et démocratique ! Mais en réalité il s'instaure une dictature sous des apparences démocratiques. Voilà la vérité sur les régimes politiques qui dominent le monde actuel. Leur falsification de la vraie démocratie apparaît clairement: ce sont des régimes dictatoriaux."   Mouammar KADHAFI

. "La démocratie directe, quand elle est mise en pratique, est indiscutablement et incontestablement la méthode idéale de gouvernement. Comme une nation, quelle que soit sa population, ne peut être rassemblée pour discuter, étudier et décider de sa politique, les sociétés sont détournées de la démocratie directe, qui est demeurée une idée utopique éloignée de la réalité. Elle a été remplacée par de nombreuses théories de gouvernement, telles que les assemblées parlementaires, les coalitions de partis, les référendums. Toutes ont conduit à isoler le peuple de l'activité politique, à usurper sa souveraineté, et à confisquer son pouvoir au profit d' « appareils de gouvernement » successifs et en conflit, qu'ils soient individu, classe, secte, tribu, Parlement ou parti."  Mouammar KADHAFI

. "La propriété pourrait bien changer de mains, le résultat serait le même: le travailleur demeure un salarié tant qu'il n'a pas été rétabli dans son droit sur sa propre production, et que celle-ci continue à être détournée au profit de la "collectivité" ou de l'employeur.La solution finale à ce problème consiste à abolir le salariat, par la libération de l'homme de l'asservissement dans lequel celui-ci le maintient." (Mouammar KADHAFI)

. "LE LOGEMENT est une nécessité pour l'homme et sa famille. Il ne doit appartenir à personne d'autre qu'à lui. Un homme n'est pas libre quand il habite une maison louée. En matière de logement, la politique suivie par les Etats a consisté à réglementer la location en bloquant ou en augmentant les loyers. La seule solution radicale et définitive est l'accession à la propriété. Dans la société socialiste, nul ne peut être maître des besoins de l'homme. Personne ne peut dans cette société, bâtir un logement autre que pour lui-même et ses héritiers. La maison de l'individu étant un de ses besoins fondamentaux, nul ne peut construire dans le but de louer."  Mouammar KADHAFI

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